Après Moubarak, Ben Ali, Kadhafi, ou encore Compaoré, ce fut autour de Mugabe de quitter la scène politique africaine par la petite porte, le 21 novembre dernier. Vétéran parmi les autocrates à vie du continent, usé par 37 années de règne, il avait fini, comme bon nombre de ses prédécesseurs et pairs encore en fonction, par se croire invulnérable et intouchable ; au point de nourrir, selon toute vraisemblance, le projet de voir son épouse Grâce lui succéder courant 2018, au terme de son mandat. Une velléité dynastique que ne lui ont visiblement pas pardonné ses compagnons de lutte, initiant dans la nuit du 14 au 15 novembre un coup de force, puis dans la foulée une procédure de destitution qui finira par avoir raison, une semaine plus tard, des dernières tentatives de résistance du vieux président, le contraignant à la démission.
Un départ sans coup de feu ni effusion de sang, une succession pacifique qui a permis à son successeur, Emmerson Mnangagwa, de rendre un hommage appuyé à celui qu’il a qualifié de « père de la nation », lors de sa prestation de serment le 24 novembre dernier. S’il faut se réjouir du caractère pacifique de cette transition, – même si d’aucuns y voient plutôt un coup d’Etat constitutionnellement habillé -, la question demeure cependant de savoir si ce précédent zimbabwéen peut tenir lieu de modèle de transition politique sur le continent. Trois points nous semblent à cet égard suffisamment problématiques pour susciter sinon des réserves sérieuses, du moins des appréhensions objectives.
La première appréhension porte sur la capacité du parti au pouvoir depuis 37 ans, la Zanu-PF, à ouvrir véritablement le jeu démocratique, et à opérer les transformations socioéconomiques dont le pays a besoin. La présence d’anciens ministres dans le nouveau gouvernement d’Emmerson Mnangawa est loin de dissiper cette appréhension, bien au contraire ; elle fait craindre, – et nous espérons que l’avenir nous donnera tort -, la poursuite d’un système et de pratiques qui, 37 années durant, ont favorisé le monopole du pouvoir par un parti-Etat, au détriment de l’immense majorité de la population.
La deuxième appréhension concerne l’irruption toujours inquiétante de l’armée sur la scène politique, et en l’occurrence pour pousser Mugabe au départ. Ce dernier avait au moins formellement pu éviter ce mélange toujours liberticide des genres. Les problèmes politiques doivent en effet pouvoir trouver des solutions de même nature, c’est une lapalissade qui malheureusement doit souvent être rappelée sur le continent, où des leaders politiques ont la fâcheuse tendance d’en appeler à des interventions militaires extérieures, du fait de leur incapacité à mobiliser à l’intérieur les forces politiques nécessaires à la conquête du pouvoir. Sauf circonstances vraiment exceptionnelles faisant peser une menace grave sur l’Etat, la paix, l’intégrité et la stabilité du pays, l’intervention de l’armée en politique, de quelque manière que ce soit, est de nature à hypothéquer l’avenir et l’ensemble du jeu démocratique. Cela équivaut à une inadmissible mise sous-tutelle militaire du politique, comme cela semble être désormais le cas au Zimbabwe, avec la nomination du général Chiwenga, tombeur de Mugabe, au poste de vice-président, et de plusieurs autres généraux au gouvernement et dans l’état-major de la Zanu-PF.
La dernière appréhension porte sur les compensations matérielles et financières ayant conditionné la démission de Mugabe. Selon des indiscrétions du parti au pouvoir parues dans la presse, en plus de l’immunité de poursuites couvrant l’étendue de son règne, Mugabe s’en irait notamment avec une enveloppe de 5 millions de dollars, une dotation annuelle de 150 000 dollars, la prise en charge de ses onéreux frais de santé, la préservation de ses avoirs matériels et financiers, etc. Fausses ou avérées, ces indiscrétions remettent au jour la difficile question de savoir si ce type de compensations est indispensable pour libérer l’avenir du continent, inexorablement captif de ses autocrates.
La question appelle en réalité une réponse circonstancielle, et dans le cas d’espèce, les appréhensions qui précèdent invitent davantage à la réserve qu’à l’enthousiasme. Aussi chaque Africain est-il appelé, plus que jamais, à jouer pleinement sa partition politique, pour que la série d’élections prévues sur le continent au cours de cette nouvelle année offrent à l’Afrique l’occasion de célébrer d’authentiques alternances politiques, davantage porteuses d’émancipation économique, de paix, de stabilité, de prospérité et de bonheur partagé…
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