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Ahmadou Lamine Ndiaye : L’enseignement Supérieur victime des programmes d’ajustement structurel

Le président du panel de haut niveau mis sur pied par l’Union africaine pour repenser cet ordre d’enseignement évalue les avancées dans ce domaine.

Depuis quelques années, l’Union Africaine a lancé le projet d’Université africaine dont vous dirigez le comité de réflexion. A quoi renvoie-t-il?

Le projet d’université panafricaine prôné par l’Union africaine est parti de toute une série de réflexions menées par la Commission et qui a abouti à la production d’un document sur la deuxième décennie de l’éducation qui recense l’ensemble des priorités de l’Afrique dans ce domaine mais également les prémices pour la construction d’un espace africain d’enseignement supérieur et de recherche. C’est à partir de toutes ces réflexions que la Commission s’est posé la question de savoir quoi mettre en œuvre. Ils ont constitué un groupe restreint qui a conduit à ce concept d’université panafricaine. Ensuite, une étude a été demandée avec le soutien de la Fao et c’est à l’issue de cela que le concept a été affiné et la mise en place d’une université panafricaine décidée.

Quelles sont les thématiques qui seront abordées dans les enseignements dispensés par l’université panafricaine?

Cinq thématiques majeures ont été recensées et identifiées comme prioritaires pour le développement de l’Afrique. Ce sont les sciences fondamentales, la technologie et l’innovation. Ensuite, les sciences de la terre et de la vie, puis l’eau l’énergie et les changements climatiques et les sciences de l’espace et les sciences sociales et la gouvernance. Chacun de ces thèmes a été alloué à une des cinq régions de l’Afrique. Ainsi, l’Afrique du Nord (Algérie) s’est vue allouée le thème « eau et énergie, changement climatiques », l’Afrique de l’Est (Kenya) les sciences fondamentales et la technologie et l’innovation. L’Afrique australe (discussions en cours) les sciences de l’espace et l’Afrique centrale (Cameroun) les sciences humaines et la gouvernance et l’Afrique de l’Ouest (Nigeria) les sciences de la terre et de la vie.

En Afrique, il n’existe pas de correspondance de diplômes entre les régions. Comment allez-vous résoudre ce problème ?

L’avantage de l’université panafricaine est qu’elle est construite sur des structures qui existent déjà. Du coup, elle est basée sur la mobilité académique des étudiants et des enseignants et du personnel administratif. En ce qui concerne les étudiants, il y a une question fondamentale de transfert de crédits et de reconnaissance des diplômes d’un pays à un autre. Nous nous basons sur la convention de l’Unesco pour l’Afrique qui est la convention d’Arusha qui a été relancée pour prendre en compte les évolutions dans le domaine de l’enseignement supérieur en Afrique. Il s’y ajoute que la mobilité académique a également une incidence financière en ce qui concerne la scolarité et les transports. De ce point de vue, l’Union africaine a mis sud pied un programme de bourse qui s’appelle le Walimu Nyerere scolarship qui est un programme pour soutenir la mobilité des étudiants à l’intérieur du continent africaine. Et ce programme est si pertinent que l’union européenne a décidé de soutenir l’union africaine dans le cadre de ce projet.

Combien d’étudiants comptez-vous accueillir?

Avec les trois instituts qui ont été sélectionnés, l’objectif est de disposer à la première année dans chacun des instituts d’au moins une centaine d’étudiants répartis entre le niveau master et le niveau Phd. Les universités qui peuvent aller plus loin le feront mais le minimum que nous nous sommes fixés c’est une centaine d’étudiants par instituts que nous souhaitons voir démarrer en septembre de cette année.

Vous adossez ce programme aux universités existantes qui, à travers le continent, ont déjà beaucoup de mal à fonctionner correctement. N’est-ce-pas périlleux?

Il est vrai que la plupart des universités africaines connaissent un réel problème d’effectif d’étudiants qui est plus important que les possibilités offertes en matière d’encadrement des étudiants(salles de cours, assistance sociale…). C’est la raison pour laquelle l’université panafricaine ambitionne d’intervenir au-delà de ces difficultés que l’on rencontre au premier cycle. Ceci, en prenant les étudiants au niveau master et Phd. Il faut savoir que les pays africains ont subi des programmes d’ajustement structurel qui ont relégué en seconde zone le financement de l’enseignement supérieur au profit des ordres d’enseignements inférieurs. Mais ces investissements ont produit des effets qui se traduisent par un nombre de bacheliers accrus. Vu qu’on a négligé les investissements au niveau de l’enseignement supérieur, les difficultés viennent de là. Beaucoup de bacheliers se retrouvent aux portes d’universités pleines, incapables de les accueillir. Je suis heureux de constater que la banque mondiale qui a été à l’origine de ces programmes a reconnu, il y a quelques années, le rôle et la place de l’enseignement supérieur dans le développement des pays en général.

Il n’y a pas que les capacités d’accueil mais aussi la qualité des enseignements et la formation des enseignants qui font problème…

Le programme de l’université panafricaine va contourner cette difficulté. L’objectif est de recruter des enseignants de haut niveau et de les garder pour qu’ils n’aillent pas ailleurs. Cela impose des conditions de travail pour cette catégorie d’enseignants qui seront recrutés dans le cadre de l’université panafricaine. C’est dire que nous utiliserons les chercheurs de haut niveau tant dans les pays où les centres sont mis sur pied mais également dans les autres pays africains. En un mot, nous voulons reproduire ce que les dragons d’Asie ont fait. Ils ont investi dans leurs pays pour créer des structures équipées ou l’enseignant et le chercheur de haut niveau peuvent être formés sur place et ces infrastructures offrent des capacités telles que les nationaux basés à l’étranger ont tendance à revenir pour enseigner et travailler dans ces pays.

Qu’en est-il de la recherche?

Nos universités ont connu des difficultés telles qu’on a tendance à oublier que l’enseignement supérieur c’est la formation certes, mais également la recherche qui conduit à la compréhension du milieu dans lequel nous vivons et les services à la communauté. Nous allons obligatoirement mettre l’accent sur la formation des étudiants mais, également et surtout sur la recherche et les services à la communauté.


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